BlueDolphin www.bluedolphin.tilt.eu.org
<< Retour au sommaire

Humeurs
Par BohwaZ
Le 01-09-2001
À 13 h 19.
  Mon voyage au pays des potiches
Ce document peut être (sauf indication explicite contraire de l'auteur) librement diffusé, distribué, modifié, imprimé & recopié pour une utilisation
non-commerciale.



Du même auteur...
Envoyer un mail à l'auteur
Dans cette rubrique...
Retourner au sommaire
  Potiche, vous connaissez ce terme. Pas besoin donc de vous faire un dessin. Au-delà de l'insulte prononcée quotidiennement, il existe de vraies potiches. Si, si ! Des vraies de vraies ! Mais ne croyez pas que je suis encore un de ces personnages mysogines qui s'amuse d'affubler la première personne féminine venue de potiche ou de greluche. Dans ce cas je ne fait que constater une attitude sociale que j'ai le malheur d'avoir observé et commenté. Comme ça on ne peut pas dire qu vous n'aurez pas été prévenus. Ainsi, lors de mes (trop longues) vacances, j'ai eu le loisir de visiter une petite ville de Lozère : Saint-Etienne Vallée Française. C'est un charmant petit village situé au bord de la vallée du gardon. Pas de quoi fouetter un chat donc. Mais un événement allait transformer ce petit village pittoresque en le théâtre de la pire stupidité humaine : l'égo-centrisme. Comment ça ? Tout simplement à l'occasion de l'élection de Miss Saint-Etienne. Rien que le titre en dit long sur le programme de la soirée qui peut se résumer en : attente, attente, boire un verre au café du coin (compris dans les frais du reportage), attente, attente, défilé des greluches, attente, attente, défilé de chaque greluche individuellement, attente, délibération du jury, attente, résultat des votes du jury, plus personne, le bar est fermé, zut. Laissez-moi vous avouer que je ne suis pas resté jusqu'au bout et que je me suis contenté de partir après le défilé individuel.

         22 heures 50 et quelques secondes. Ca y est, on voit les "modèles" [terme employé par l'animateur, ndlr] défiler sous nos yeux endormis et emplis d'alcool [ça se passe dans le bar du village, donc on est obligé de consommer]. Première constatation : Que de la marmaille. Explication : Elles ont toutes entre 14 et 20 ans, le physique d'anorexiques profondes et un sourrire hypocrite qui veut dire "Je souris encore si vous votez pour moi". Mais qu'y-a-t-il de mal dans tout ça ? Rien à part peut-être le sourrire hypocrite et l'animation blafarde de l'animateur dévoué (ou obligé) qui répète toutes les dix minutes "Promotion : 3 bières pour le prix de 2". Hummm, merci mon vieux, mais je bois plus d'alcool depuis ce soir. Enfin, on a droit au passage de chacune des candidates individuellement. On voit tout de suite celles qui ont de l'ambition, ce sont celles qui bougent leur corps en rythme (alors qu'il n'y a pas d musique, c'est fortiche ça) et qui ne s'empêchent pas de tortiller leurs fesses au nez du jury [qui était exclusivement composé d'hommes, ndlr]. Celles-là n'iront pas plus loin que dans le lit des membres du jury. D'autres par contre sont plus timides et mettent assez de temps avant de monter sur l'estrade (symbolisée par un tapis rouge boueux) et on voit dans leur sourrire muet qu'elles aimeraient être n'importe où sauf sur ce tapis. Notre gentil animateur à la voix frêles nous commente chacun des corps sans âmes qui passent en nous énonçant leurs passions. Comme si ce genre de bestioles savait ce qu'est une passion, pffff.

         Bon, je ne vais continuer à ternir le tableau, car on ne pourrait plus m'arrêter, mais je ne peux m'empêcher de dire quels sont les métiers à lesquels aspirent nos potiches. Je pense ne pas vous étonner en vous révélant que toutes veulent devenir soit mannequin, soit styliste, soit esthéticienne. Ouahhhh ! Ca c'est original, ça c'est de l'imagination. Je me permet d'aborder les passions de nos "modèles". Pas vraiment variées non plus, on hésite entre faire la fête et danser, et c'est vrai que le choix est so difficult (très difficile). Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et tout le village il est content d'avoir une jeunesse aussi originale. Tout le monde il est tellement content que je suis le seul à ne pas applaudir. Dégoûté par tant de bêtise, de rabaissement et d'auto-flagélation (les candidates sont contentes de leur situation !), je pars pour rejoindre mon camping en pleine nuit, seul au bord d'une route sans lampadaire ; avec pour seule compagne ma conscience...