Mais qu'est-ce qu'ils veulent ?
(Deuxième partie)
Guerre entre Internet et majors, épisode 00002
Je croyais avoir été suffisamment clair dans mon dernier article de janvier dernier à propos de la musique gratuite sur Internet, mais j'ai constaté que mon message n'était pas passé.
La presse s'obstine encore et toujours à parler de cette "guerre" déclarée entre Internet et l'industrie du disque (notamment dans Télérama 2662 du 17 janvier 2001), alors moi aussi j'en rajoute une couche.
Au commencement...
Jusqu'à la fin du 19 ème siècle, la musique s'apparentait à un groupe de musiciens venant jouer dans un endroit où on les avait invités (moyennant finance bien sûr). Impossible donc d'écouter cette musique chez soi ou dans le bus. Impossible également aux plus défavorisés d'entendre ce son mélodieux.
Mais tout changea en 1877 avec l'invention du phonographe, appareil magique qui permettait de restituer tout son à partir d'une petite galette noire. C'est cet appareil qui a introduit dans nos moeurs le concept de "musique-objet" où la musique n'est plus volatile et libre mais prisonnière d'un support.
La révolution du support musical
Ce fut une révolution : plus besoin d'avoir les instruments originaux pour écouter une musique, tout est sur la même petite galette. Ensuite, nous avons eu droit à une évolution du support : 33T, CD, MiniDisc, etc. Aujourd'hui personne ne conçoit la musique sans son support. Comment posséder de la musique qui vogue au gré de l'imagination des courants d'airs ? La musique est prisonnière de son support. Elle a beau crier, frapper la surface du disque de toutes ses forces, rien n'y fait.
Il y a seulement quelques années, Internet bouleversait notre perception de l'information. L'information s'était libérée de son bourreau de support, elle voguait désormais librement dans les méandres du réseau des réseaux. Plus besoin d'emprunter le journal du jour au voisin, on l'avait désormais gratuitement chaque matin dans sa boîte aux lettre virtuelle. C'était une révolution.
L'anti-révolution
aujourd'hui, il se passe la même chose qu'avec l'information textuelle, mais avec la musique. Alors que la révolution du support l'avait mise à disposition de tous, l'Internet la met à disposition de tous, mais gratuitement.
Peu de personnes perçoivent enfin la musique comme un élément volatile, libre, psychique, une force immatérielle. Le concept de la musique-objet est désormais révolu. Cette révolution, nous la vivons, et ce serais dommage de passer à côté de quelque chose d'aussi fantastique que la musique libre.
Le problème n'est pas de faire payer ou non cette musique, mais ceux qui réprimandent cette révolution sont ceux qui ne la comprenne pas. Ils n'essayent pas non plus de comprendre. Tout ce qui leur importe est de conserver ce support, cet objet qui se vend. Car la musique libre ne se vend pas. Vous avez déjà essayé de vendre un objet matériellement inexistant ?
Qui va gagner cette guerre ? Sûrement pas l'industrie du disque. Car cette industrie se bat contre toute la population d'Internet. On ne peut se battre contre la moitié de la planète. On ne gagne pas une guerre contre la liberté.
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