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Sylvain Eliade |
"C'est juste comme le bon temps passé avec toi !"
Le bon temps, telle est l'unique chose que j'aurais aimé passer avec toi. Mais tu a dis Non.
Comme j'aurais aimé t'inviter chez moi, juste pour te parler et te caresser. Mais tu a dis Non.
J'aurais aimé aussi pouvoir te regarder droit dans les yeux pendant des heures durant. Mais tu a dis Non.Tu a dis Non. Mon plus grand désespoir est ce Non. Un seul mot sorti de tes douces lèvres. Et il a fallu que ce mot soit Non. Trois lettres pour deux êtres et une déception. Une déception pour une vie. Moi qui avait cru que tu aurais pu être l'Ange de mes nuits. Idiot que je suis. Mêmes les plus habiles manuvres de séduction n'auraient pu atteindre ton cur. Ton cur si ouvert d'habitude s'est alors fermé à moi.
C'est bientôt la Saint-Valentin. Je la passerai seul, encore une fois. Seul en pensant à toi.
J'aurait voulu que tu sois ma Valentine cette année. Vaines sont mes illusions !
Toi aussi tu passeras cette Saint-Valentin seule, mais tu ne pensera pas à moi.Lettre de Zelis à J., 7 décembre 2000
Croyez-vous que ce jeune homme avide d'amour pourra séduire le coeur de J. ? Probablement non. Mais de toute façon, personne ne connaît Zelys, ou même J.
Zelys est un jeune garçon de quinze ans, en études normales du collège Torieh. Dans la même classe que J., une jeune fille simple et tranquille. Elle est loin des autres filles, loin des filles qui se mettent plein de maquillage pour cacher leur visage, leur beauté. Celles-là sont des lâches. J. est courageuse, elle dévoile son visage au monde. Elle est belle. Une beauté toute relative certes, puisque la beauté dépend des goûts de chacun. Mais elle est au goût de Zelys.
J., la fille simple au visage parsemé d'acné pourrait faire penser à un ange, avec ses cheveux châtains, ses yeux d'une couleur indéfinissable qui oscille du bleu au brun, ses lèvre larges d'un ton rosé, son visage à l'éclat de rose et tous ses petits défauts qui la rendent parfaites aux yeux de Zelys et la rendent semblable à un Ange.
Aujourd'hui, le 7 décembre de l'an 2000, Zelys attendit jusqu'à la fin de la journée de cours, la fin du cours de mathématiques pour demander à J. si elle voulait sortir avec lui.
Avec lui, le garçon qui ne sait pas se tenir tranquille, mais qui reste calme et posé en réagissant avec réflexion à tous les événements de la vie, comme elle. Il lui a demandé. Elle a répondu qu'il devait attendre le lendemain. La nuit qui suivit cette réponse fut mouvementée, parsemée de rêves où elle dirait Oui et de réveils où elle dirait Non.
Étendu sur son lit, Zelys regarde sa montre : il est quatre heures du matin. Il repose son bras à côté de son corps et fixe désormais le plafond blanc de sa chambre éclairé par la faible lueur des lampadaires de la rue qui vient de la fenêtre de sa chambre. Il n'a pas fermé les volets comme d'habitude, comme pour laisser une porte de sortie ou d'entrée à ses rêves embrumés. Il a ouvert sa fenêtre avant de se coucher. Le vent souffle et parvient jusqu'au visage de Zelys qui ne sentit même pas cette caresse de la Nature. Il pense à J. Il pense aussi qu'il a chaud. Il allume la radio et l'éteint tout de suite, après avoir entendu une bribe de paroles.
Il est sept heures. Il s'éveille et frappe son réveil pour le faire taire. Il se lève et failli tomber à la renverse. Tout ce bouscule dans sa tête : J., la chaleur, le vent, la lumière, la nuit. Son esprit reprend le dessus à ce moment d'inconscience et le fait avancer jusqu'à sa salle de bains. Il entre dans la douche et en ressort aussitôt. Il est pris de nausées impossibles à supporter. Son cerveau se mélange encore : l'heure, le réveil, le lit, la moquette, les murs.
Finalement, Zelys arriva à s'extirper de sa maison et à marcher jusqu'au collège d'études. Son visage embrumé fait place à un sourire hypocrite qui en dit long sur son humeur. Il attend le deuxième cours de la journée pour demander à J. sa réponse. Cette attente aura été inutile : sa réponse est Non.