| Le mot d'Hachman |
Cette tribune aurait pu faire partie du dossier sur la cyber-résistance de Janvier 2001, mais je l'ai omise. La voici donc dans toute sa splendeur, brut de décoffrage. Extrait de la tribune de Logiciels PC n°12.
" Beaucoup de choses auxquelles nous tenons
dépendent du point de vue selon lequel on se place... " (Maître Yoda)
Dans le courrier des lecteurs du dernier numéro, M. Anonymus lançait le débat sur la grande question des émulateurs et la possession des ROMs par les innombrables utilisateurs de ces petites merveilles de programmation, pour enchaîner sur le piratage en général. Certes, des lois existent et sont très claires vis-à-vis des divers aspects de cet épineux sujet même si, pour l'instant, personne à notre connaissance n'a encore été condamné pour usage illégal d'un jeu émulé... En outre, s'il est un fait que plus de 90 % des possesseurs d'ordinateurs sont des fraudeurs en puissance, le phénomène doit dater des origines de l'informatique ! Mais essayons de regarder ce soi-disant problème sous un angle différent, en remontant quelque peu dans le temps, jusqu'à l'aube d'une nouvelle technologie qui allait bouleverser cette fin de siècle...
L'imperméabilité des premiers ordinateurs a permis à ceux qui en pénétraient les arcanes de former rapidement une véritable tribu, développant une toute nouvelle culture qui allait rester, durant de longues années, un sujet de mystère, de vénération et de craintes, même pour le commun des mortels.
Ceux qui savent
Il y avaient les initiés... et les autres. Ceux qui avaient "dompté la bête" et ceux qui devaient se contenter d'admirer ses prodiges, sans trop en comprendre le sens. Cette culture naissante, issue directement du flower power californien, eut la chance d'avoir pour champ exploratoire un univers totalement vierge, bâti sur les principes de liberté, d'échanges et de refus de l'ordre établi, piliers des années soixante-dix ! Ces principes ont été adoptés par et pour les membres de "la tribu informatique", au sein de laquelle règne la solidarité, la communication et un certain esprit libertaire que l'on retrouve aujourd'hui sur Internet.
L'importance donnée au transfert des informations implique les logiciels qui sont copiés et échangés sans que les "coupables" aient l'impression de commettre un crime. Évoquons ce vendeur qui essayait de refiler des jeux à 50 FF sur des disquettes non-étiquetées, lors de l'achat d'un Atari 800XL ou ces après-midi passés à copier des centaines de disquettes dans les associations ST et Amiga et souvenons-nous de la satisfaction éprouvée lors de l'arrivée des premiers graveurs de CD. Que penser de Sony (parmi beaucoup d'autres) qui proteste énergiquement contre le piratage et qui vend cependant copieusement graveurs et CD vierges ? Informatique et piratage se retrouvent en véritable symbiose et il ne fait aucun doute que ce juteux marché n'aurait jamais atteint une telle ampleur sans l'association qui a présidé à son développement.
Je n'ai rien payé... ou presque
Car il est vrai, comme tant d'autres, que je n'ai payé ni Windows, ni Word, ni Paint Shop Pro, ni des multitudes de programmes (que j'utilise tous les jours sans aucune culpabilité) et que je collectionne les jeux émulés par MAME, échange de nombreux logiciels avec mes amis et refuse toute tentative de contrôle d'Internet. Mais il est également vrai que j'ai enregistré certains sharewares abordables réalisés par des auteurs sympathiques, que j'achète plusieurs jeux par an, que je dépense régulièrement des sommes non négligeables en consommables et en matériels de pointe et, pour en revenir à MAME, que j'ai inséré des milliers de fois des pièces dans des machines gourmandes !
Par ailleurs, tous les efforts importants des compagnies pour développer des protections efficaces participent à renforcer les liens de la tribu car, si ces protections sont un obstacle insurmontable pour les "non-initiés", elles ne résistent jamais longtemps aux crackers qui s'amusent avec elles, avant de mettre le fruit de leur travail en libre accès pour le reste de la communauté ! La boucle étant bouclée, l'équilibre est trouvé, il serait grand temps, alors que nous sommes en train de vivre l'un des bouleversement majeurs de l'histoire de l'humanité, que les esprits rébarbatifs qui combattent les hackers avec tant de hargne comprennent que détruire le piratage équivaudrait à tuer l'informatique !
| © BlueDolphin | Extrait de Logiciels PC n°12 |