| BlueDolphin, juin 2001 - www.bluedolphin.fr.st |
| "Liberté d'expression" : mot inconnu |
La justice injuste... exclusivité
française
Si certains ne le sauraient pas, je rappelle que la France est appelée
le pays de la démocratie et de la liberté. Ah bon ? Cette
doctrine me semble un peu (et même beaucoup) dépassée. Suite
aux différentes affaires en justice mêlant la liberté d'expression,
la France est plutôt un pays ou la liberté est relative au compte
en banque. Oui, bon, ça y est, la comparaison est facile. On ne peut
pas généraliser mais les deux affaires que je vais vous citer
ont de quoi faire bondir n'importe qui de censé.
L'affaire Jeboycottedanone.com
Nous avons invoqué cette affaire dans ces colonnes au mois dernier. A
ce moment, la compagnie Gervais-Danone avait attaqué en justice le site
JeBoycotteDanone.com et son initiateur, le "Réseau Voltaire pour
la liberté d'expression". Pour quelle raison ? Contrefaçon
du logo, atteinte à l'image de la marque, etc. La liste est très
longue. Mais depuis cette attaque de la société Gervais-Danone,
le procès a eu lieu. Mais le mieux est de citer le réseau voltaire
lui-même :
"À
la demande de la Compagnie Gervais Danone, le juge Jean-Jacques Gomez a partiellement
suspendu le droit du Réseau Voltaire à s'exprimer librement sur
la politique industrielle et sociale du Groupe Danone.
Dans
son ordonnance de référé du 14 mai 2001, le magistrat indique
que, selon lui, l'usage "responsable" de la liberté d'expression
exige de "ne mettre en uvre que les moyens strictement nécessaires
à la satisfaction des buts légitimes poursuivis" (sic). Accédant
aux demandes de la Compagnie Gervais Danone, le magistrat en conclut que la
liberté d'expression verbale est suffisante au Réseau Voltaire
pour désigner le Groupe Danone et que la liberté d'expression
graphique est un luxe sans nécessité. En conséquence de
quoi, le juge Gomez a interdit au Réseau Voltaire de désigner
graphiquement le Groupe Danone, que ce soit sur son site Internet, sur des tracts
et banderoles, ou en toutes autres circonstances.
Le
Réseau Voltaire considère que les attendus de l'ordonnance du
juge Jean-Jacques Gomez contreviennent à la Déclaration des Droits
de l'homme et du citoyen, laquelle dispose que la liberté est un droit
"naturel et imprescriptible", dont les limites "ne peuvent être
déterminées que par la Loi" et dans l'unique but d'assurer
aux autres membres de la société la jouissance de cette même
liberté. Il a donc interjeté appel de cette décision.
Le
Réseau Voltaire considère que, privé partiellement de son
droit naturel et imprescriptible d'expression, il n'est plus en mesure d'animer
loyalement un débat sur la politique de la firme. Aussi a-t-il décidé
de ne pas se plier aux exigences de la censure, mais d'interrompre un site qui
ne peut plus être qu'un simulacre de démocratie. Pour poursuivre
le débat, il renvoie les Internautes aux sites des journaux et des organisations
syndicales et politiques que la Compagnie Gervais Danone n'a pas encore fait
priver de leurs droits fondamentaux.
Le
Réseau Voltaire a d'ores et déjà débuté des
consultations de parlementaires pour opposer une réponse politique à
cette mise en cause d'une liberté fondamentale. Pour peser efficacement
sur le projet de loi relatif à la société de l'information,
qui arrivera en discussion à l'automne, le Réseau Voltaire souhaite
la création d'une mission d'information
parlementaire sur les atteintes aux libertés sur Internet."
Réseau Voltaire, 23 mai 2001
L'affaire VacheALait.com
La redevance sur les supports numériques est un abus horrible du gouvernement
français et nous vous en avons déjà fait part dans ces
colonnes. Le problème, c'est que personne ne conteste ! Heureusement,
des associations comme vachealait.com s'organisent contre cet abus. C'est donc
cette association dont il est question. Dans le but de faire connaître
leur action, les représentants de l'association se sont rendus à
la fête de l'Internet.
En
médiateurs, ils avaient demandé un court entretien avec Catherine
Tasca, ministre de la culture, afin de lui présenter leur action. Cinq
minutes après avoir demandé cet entretien à un des représentants
du ministère de la culture, les deux personnes représentant l'association
étaient encerclées par cinq ou six personnes du service de sécurité
de La Villette et ont été pris à partie par des "Flics"
(c'est comme cela qu'ils ses sont présentés). "Ils se
sont mis à nous tutoyer, allant même, alors que nous demandions
pourquoi ils faisaient preuve d'autant d'acharnement à notre encontre,
jusqu'à nous insulter, nous traitant pratiquement de dangereux perturbateurs,
alors que nous étions calmes et posés !" témoigne
Dominik Fusina, initiateur de l'association.
Par
la suite, alors que Mme Tasca pouvait converser tranquillement avec diverses
personnes et que de nombreux passants allaient et venaient à côté
d'elle, les représentants de l'association (deux personnes) étaient
retenus par les forces de sécurité et contraints de rester à
distance raisonnable (50 mètres) pendant toute la durée de la
visite sans pouvoir bouger ni même avoir la possibilité de discuter
avec un responsable. Quelle démocratie !
L'association
Vachealait.com a ensuite pu apprendre que le Chef de Cabinet de Mme La Ministre
avait lui-même donné l'ordre impérieux de les stopper et
d'éviter à tout prix que leur association puisse entrer en contact
avec Mme Tasca. Ah qu'elle est belle la démocratie française,
et on parle encore de la France comme pays des droits de l'homme ? Il faudrait
revoir à la baisse certaines expressions. Cette dernière affaire
est lamentable, l'état va même jusqu'à empêcher toute
communication. Allez, on leur dit que le but d'une démocratie c'est que
tout le monde y participe ?
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